Venez jeter un coup d’œil à Halden City, chaleureuse métropole de la Côte Est des Etats-Unis. Ici, l'herbe est verte, le ciel bleu, et les supers-héros côtoient tant bien que mal les humains et les aliens, dans une atmosphère tendue. Qui rejoindrez-vous ?
 
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 Une journée comme les autres ...

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Sacha Romanovski
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MessageSujet: Une journée comme les autres ...   Mar 8 Avr - 8:03

Sur les hauteurs qui avaient vu s'établir la première colonie de ce qui devait plus tard s'appeler Halden City, du mot allemand Halde qui signifie à la fois "colline" et "coteau", s'étalait Hessian Town, le centre historique et touristique de la métropole, mais aussi un des lieux de villégiature les plus appréciés de la côte est. Little Germany était elle-même située non loin du fort historique, lieu exact d'implantation des premiers colons. Ce quartier de quelques milliers d'habitants reconstituait à la perfection le décor de vieilles villes allemandes comme Hambourg, Dresde, ou Francfort, ou plus exactement les centres historiques et traditionnels de ces mêmes villes. Tout cela était avec les fameux bombardements de la Seconde Guerre Mondiale qui dévastèrent l'Allemagne...et privèrent les allemands d'une partie de leur patrimoine. Durant toute la seconde moitié du XXème siècle, un fort tourisme alimenta les caisses de la ville, des allemands venaient régulièrement quelques semaines s'y retrouver dans l'ambiance des cités qu'ils avaient connu durant leur jeunesse. Ce tourisme continuait, et gagnait même en importance en ce début troublé de XXIème Siècle.

C'était ici que Sacha Romanovski avait élu résidence. Dans cette atmosphère traditionnelle, au coeur de Little Germany, une des maisons situées les plus en hauteurs, près de la côte, accueillait l'ancien lieutenant de l'Armée Fédérale de Russie, lequel, parlait parfaitement allemand, s'était très bien intégré à la petite population de cette partie de Halden City. Il s'y sentait plus à l'aise que dans l'agitation, le frémissement de vie du centre ville, ou dans l'encore futuriste, et chamarré, Lazarus District.

D'une certaine façon, les charmantes maisons de bois médiévales qui composaient en partie Little Germany, et dont l'une d'elles était la sienne, lui rappelaient son pays, les petits villages des environs de Moscou, ou la petite datcha située au bord de la Mer Noire, où ses parents avaient l'habitude de l'emmener pendant les vacances. C'était là, sur les côtes de cette mer quasiment fermée, qu'il avait déjà l'impression, enfant, de humer l'air de la Méditerranée, d'un des bassins qui avaient vu naître la civilisation, de sentir l'air qu'avaient pu sentir les grecs d'Homère, les Scythes, les Hébreux, les Perses ou les Egyptiens. C'étaient aussi en partie l'affinité qu'il s'était toujours senti avec les tribus nomades, dont la Mer Noire avait toujours été un lieu de passage, qui l'avait motivé à mener la vie qu'il connaissait actuellement. Marquée par la guerre et les voyages.

Pour l'instant, Sacha Petrovitch Romanovski se reposait. Il avait tenté même, prosaïquement, et contrairement à son habitude - il détestait lézarder - de prendre le soleil sur le balcon du deuxième étage, mais sans succès, ce dernier s'étant vite retiré. Abandonnant le bermuda qu'il avait revêtu pour l'occasion, il se rhabilla à sa manière habituelle, c'est-à-dire en remettant son costume.

En effet, il recevait. S'étant installé dans un fauteuil du salon, il se mit à lire la Philocalie, un des ouvrages religieux les plus connus des Russes, tout en fumant cigarette sur cigarette. Son contact ne s'était pas présenté, ce qui aurait été de la plus élémentaire politesse, mais il avait sollicité ses services, et semblait travailler pour un organisme important, au vu de la rétribution juteuse qu'il lui avait laissé entrevoir pour son expertise. Cette venue s'entourait d'un parfum de mystère qui ne lui déplaisait pas - il lui semblait qu'on le prenait parfois pour Sherlock Holmes -. Il s'était habitué à ce qu'on reste évasif, au téléphone, qu'il détestait par ailleurs. Néanmoins, depuis qu'il s'était installé aux USA, la vie était plus tranquille pour Sacha ; sa situation était, à priori, moins risquée qu'en Afrique, moins soumise aux diverses rivalités et luttes de partis. A priori...
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Wikke Hulbrecht
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MessageSujet: Re: Une journée comme les autres ...   Jeu 10 Avr - 11:21


Lui, en face, asiatique-américain, entre 22 et 25 ans, regard fuyant, vêtements sales, mains dans les poches. Il pue l'alcool, il sort à peine du bar où il dépensé le contenu du porte-feuille volé qui dépasse de la poche de son gilet. Volé car ce n'est pas sa photo sur le permis et la carte d'identité qu'elle a aperçu en montant. Il a peur, il n'a pas de ticket, mais il a un couteau. Il regarde Alexander et les filles. Il leur sourit, il lui manque trois dents, perdue récemment vue les cicatrices.

Il y a cent vingt-et-une personnes dans la rame, dont deux policiers en civils assis trois bancs plus loin. Ils sont en train de discuter de leurs déboires sentimentaux. La rame est bondée, ils ne pourront pas intervenir à cause de la bande de militants anticapitalistes en route pour une manifestation qui sont entre elle et eux. Ils s'interposeront pendant cinq secondes et trente-huit centièmes, avec une variable de vingt pour cents, le temps que le couteau jaillisse et frappe. Il sera trop tard.

" Non, ça ne marchera pas. La fenêtre est trop courte pour des soldats humains. Laissez-moi quatre drones et j'y arriverais. "

Le général se renfrogna, il avait le visage de cette petite frappe du métro, il l'avait frappé. Elle avait seize ans à peine.

" Tu crois m'apprendre mon boulot ?! "

Et elle avait eu raison, trente-huit morts, aucun blessé, aucun prisonnier. Pertes ennemies, trois. Ils étaient tombés dans une embuscade ... Et on l'avait frappé, pour ne pas avoir tenu tête.

Il faut respirer, se calmer. Il ne va rien se passer. Il ne va rien se passer.

On tire sur sa manche. Alexander, il sent le stress de sa mère, elle respire trop vite, trop fort, il a peur. Il ne comprend pas.

" Maman, ça va ? " demande-t-il en chinois

Elle tourne le visage vers lui. Il ressemble à son père, en ayant les yeux de sa mère. elle lui sourit en lui caressant le visage avec une infinie tendresse maternelle.

" Tout va bien, mon chéri. Ce n'est rien. "

Un souffle se rapproche d'elle.

" Le petit a raison, vous êtes sûr que c'est pas un début d'asthme ou de truc dans le genre, ça pardonne pas. "

Non, elle ne le connait pas, ce souffle-là. Ses mains fusent, dans un réflexe conditionné, surhumain. Une pression, et elle brise la trachée.

" Adresse-moi la parole encore une fois. Pose les yeux sur moi ou mes enfants encore une fois. Fais-le, et tu boiras ta prochaine bière en enfer. "

Elle tremble, affreusement. Elle est aussi apeurée que lui. Elle tient sa vie entre ses mains, mais c'est un réflexe. Ce n'est pas elle... Tout le monde la regarde maintenant. Elle les déteste, tous. Trop stupides, ils ne comprennent pas. Trop lents. Elle les tueraient tous.

Le train s'arrête, elle joue des coudes, elle descend avec Alexander et les jumelles. Il pleure silencieusement, elles sont hilares.

Il est lent, mais il comprend. C'est bien son fils. Elles comprennent aussi, elles sont vives, mais elles tiennent leur caractère de leur père.

" La tête qu'il tirait ! gé-nial ! " c'est Rebecca, celle de gauche. Elle aime parler en letton.
" Carrément, t'es la meilleure maman ! " et Naomi, celle de droite. Elle préfère le tchétchène.

Oui, même leur nom a été choisi par leur père. Alexander, Le Grand, l'Empereur macédonien ... Rebecca et Naomi, "ça sonnait bien"... Elle aime ses enfants, mais elle regrette que ses filles aient hérité de son intelligence pour la conjuguer au caractère de leur père.

Elles sont dangereuses.

" Ah-ah-ah ! Les p'tits diables ! "

Abraham Lewis, oncle et papy gâteau par procuration. Elle le savait là, elle l'avait vu, et en même temps, elle était surprise de le voir. Non, le rendez-vous avait été arrangé. Elle... Elle ne préférait pas y penser. Son esprit lui jouait des tours, à moins que ça soit son cerveau ? Non, ça ne faisait pas sens. Mieux valait se sortir ça de la tête.

Les jumelles se jetèrent dans ses bras en criant leur joie, Alexander était plus réservé. Son fils avait le même caractère qu'elle à son âge.

Elle serra la main du vieux mercenaire. Une poignée de main virile, à même de broyer la main de n'importe quel petite nature ... Ridicule. Pourtant, elle l'estimait, c'était un très bon ami, autant d'elle-même que de Wikke. Allez savoir pour quelle raison elle avait réussi à apprécier un personnage aussi limité.

Elle frappa dans ses mains.

" Bon, les enfants, je vous laisse avec Abe. J'ai un rendez-vous pour le travail. Comptez une heure, une heure et demi. "

Les deux jumelles dans ses bras et le cigare au bec, l'ancien héros était éclatant de sourire. A vrai dire, il appréciait tout spécialement les filles en cela qu'elle partageaient sa vision du monde, à seulement 8 ans ... Alexander ? Ah, il était un peu plus réservé, mais pas une mauvaise graine non plus. Il n'était pas aussi vif que les filles, mais n'était pas con non plus. Il avait tout le caractère, la réserve et l'analyse de sa mère, en fait.

" Super ! Eh, les gosses, ça vous dit d'aller péter la gueule à des popovs ? J'ai croisé un dealer en survêt qui parlait une langue bizarre, il m'avait pas l'air net ... "

Les deux fillettes approuvèrent en hurlant de joie, Alexander regarda sa mère, apitoyé.

Non, Abraham allait encore faire des bêtises. Elle le savait. Même si elle lui demandait, lui faisait jurer de les emmener au musée ou à la fête foraine, il irait se bagarrer dans un bouge. Les filles s'en fichaient, elle était ... perdues. Non, il ne pouvait laisser Alexander suivre le même chemin.

Elle sortit un bouton de gilet de sa poche et le lança au vieux soldat.

" Gardes ça alors, c'est un traceur que mon attentionné mari a tricoté amoureusement dans ma doublure. J'imagine que tu en auras plus besoin que moi... Il y a un Ford Transit noir immatriculé "23GHY" qui nous suit depuis qu'on est entré dans la ville, avec six hommes de Wikke à son bord, ainsi qu'une chevrolet Impala verte immatriculé "87HHT" avec quatre hommes habillés en petites frappes. Je sais que tu ne t'en souviendras pas, mais les filles si. Je prends Alexander avec moi, il a besoin d'activités un brin plus ... "intellectuelles". "

Abraham se renfrogna, tandis que les jumelles tiraient la langue à leur frère.

" Milady, vos désirs sont des ordres... Prends soin de toi, p'tit bonhomme ! " acheva-t-il, avant de se retourner vers la sortie, en se mettant à discuter avec ses petites protégées, joyeuses au-delà du raisonnable. " Psst, le dites pas à votre mère, mais j'ai ramené le riot gun, l'armure et des pistolets, des battes de base-ball et des petits gilets pare-balles tout choupis pour vous ! On va bien rigoler ! "

Elles crièrent de joie. Roxane soupira.

" Je sais que je ne peut pas comprendre les choses comme toi ou comme elle, maman ... " commença Alexander, hésitant " Mais, comment tu fais pour supporter Abe ? Comment tu fais pour supporter Papa ? J'aimerais bien avoir une vie normale ... savoir ce que ça fait d'avoir une famille normale. "

La mère s'agenouilla face à lui, lui caressa la joue à nouveau, puis l'embrassa sur la joue en l'enlaçant subitement : une larme coulait sur sa joue, il ne pouvait voir ça.

" Un jour, je te raconterais. Un jour, tu rencontreras peut-être tes grand-parents et tes tantes. C'est affreux. Elles sont vraiment très, très, très bêtes. "

Elle s'essuya la joue d'un revers de la main, attrapant la tête de son fils entre ses mains.

" Maintenant, je t'emmène en rendez-vous. C'est très important pour la boite et pour Papa, ça va peut-être me permettre de prendre des vacances, passer du temps avec vous... Si tu as à me parler là-bas ... Tu te rappelles de la langue que je vous ai appris, celle que je vous ai dit que j'avais inventé ? "

" Un peu, elle est dure. " tenta le jeune garçon dans celle-ci.

" C'est fait exprès. Pour éviter aux idiots de m'interrompre... " lui susurra-t-elle. " Si tu as à dire quelque chose durant l'entretien, utilises la. Pas un mot dans une autre langue... Je suis sûr que tu t'en sortira. Tu es le fils de ta mère, après tout. "

Quelques minutes plus tard, Roxane se présenta devant la coquette petite maison de cette petit Allemagne pittoresque. Elle sonna. Pour l'occasion, elle s'était maquillée, légèrement. Elle portait un long pull noir fin à col roulé et un pantalon anthracite. Elle portait un long manteau de cuir sur les épaules, et portait des talons qui la rehaussait à un mètre quatre-vingt. Elle s'était même coiffé et lavée les cheveux.

Une femme normale, en sommes, tout juste plus imposante et grande que la moyenne.

Son fils, lui, d'une taille modeste pour ses 10 ans, portait un casquette de l'équipe de Baseball d'Halden City, une veste en jean, un t-shirt représentant cinq variantes d'AK-47 différentes produites selon différents pays, et un pantalon de jean. Son apparence de garçon modeste contrastait grandement avec l'apparence très professionnelle de sa mère.


Dernière édition par Wikke Hulbrecht le Jeu 10 Avr - 15:57, édité 2 fois (Raison : Hadrian s'appelle Alexander)
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Sacha Romanovski
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MessageSujet: Re: Une journée comme les autres ...   Jeu 10 Avr - 13:01

Même pas d'interphone dans le petite maison sans réel confort de Romanosvki. Le Russe vivait à la dure, et avait toujours eu le goût de la précarité. Mais, pour les besoins de son activité, le salon, seule pièce dans laquelle il recevait, tel un médecin ou un psychologue, était décoré et aménagé d'une façon acceptable. Les Occidentaux avaient des besoins bourgeois de confort qu'il détestait et méprisait souverainement, mais il fallait bien, hélas, faire des affaires. Lorsque la sonnerie retentit, il leva les yeux lentement vers la porte, au fond du couloir. Il tira un tiroir situé sous la table, rangea son livre. Ces gens là avaient la réputation d'être des soit des athées compulsifs, soit des croyants médiocres, tout sauf orthodoxes, et il ne voulait pas qu'on commence à le sonder en déduisant une bigoterie qui n'existait pas chez lui, du fait qu'il lisait la Philocalie.

Maudissant l'Occident, et l'Amérique en premier lieu, il se leva, ajusta son costume, remit ses manches en place, de façon à être impeccable. C'était d'autant plus nécessaire qu'il ignorait à qui il avait à faire. Il se dit qu'il serait peut-être temps, depuis deux ans qu'il vivait ici, et au vu de l'argent qu'il gagnait, d'investir dans une de ses petites caméras et dans un interphone, de façon à pouvoir rapidement jauger ses interlocuteurs avant de leur adresser la parole. Mû par ces profondes réflexions, il se dirigea vers l'entrée, se préparant à arborer son air le plus affable. Il ouvrit la porte.

Bien qu'il n'en laissa rien voir, ce qu'il vit le surprit quelque peu, et agréablement, d'une certaine manière. En effet, il se trouvait face à une femme, une belle asiatique d'environ trente ans, et l'air professionnel. Grande, l'air working girl, voire wonderwoman, comme ces abrutis d'anglo-saxons disaient dans leur odieux langage sans musicalité ni harmonie. De plus, un gosse. Coiffé d'une casquette, de surcroît. De baseball. Il haïssait le baseball, ça lui rappelait trop où il vivait. Et, par dessus le marché, affublé d'un t-shirt stupide affichant des AK-47. Quoique cette arme lui plaisait, de par sa rusticité - il avait toujours aimé tout ce qui pouvait lui rappeler les insurgés pour qui il avait travaillé -, et puis, après tout, c'était une arme russe. Il sourit, finalement, en regardant ce garçon à l'air sage, dont l'expression était plus intelligente, que celle des enfants américains normaux, et des nordiques en général. Chez certains d'entre eux, voire beaucoup, selon lui, une expression vide. Des yeux qui ne disaient rien. En tant que slave, et surtout en tant que Sacha Romanovski, il n'était pas habitué à ce genre de visages, et, en son for intérieur, il les détestait. Celui-ci détonnait. Sans doute avait-il une forte part de sang étranger, quoiqu'il ne fit pas trop asiatique, contrairement à celle qui, de toute évidence, était sa mère. Après cette réflexion, sincèrement ravi, il sourit, et les sourires sincères étaient, chez lui, rares.

-Enchanté, madame. Je suppose que c'est vous que j'ai eue au téléphone ? Dit-il, en passant sur le fait qu'il avait été incapable d'identifier quoique ce soit de la nature de la voix qu'il avait eue au bout du fil.

Il leur fit, avec grâce, un signe du bras les invitant à passer les premiers. Puis il referma la porte, traversa le couloir pour les conduire jusqu'au salon décoré de quelques tableaux de Rembrandt en silence, puis s'assit dans le siège qu'il occupait tantôt, tandis qu'il invitait d'un geste élégant la jeune femme et l'enfant à s'asseoir dans un confortable canapé beige situé juste en face. Il aimait mettre les gens à leur aise. Détendus, ils relâchaient leur vigilance, et étaient plus faciles à sonder.

-Bien, je n'ai pas eu l'honneur d'être informé de votre identité ? Comment dois-je vous appeler, ainsi que monsieur ? Ajouta-t-il en jetant un bref regard à Alexander. Il n'avait pas d'affinités spéciales avec les enfants, mais détestait qu'on les prenne de haut, attendu que la valeur n'attendait point le nombre des années. Il aimait leur montrer qu'il les respectait en tant que futurs adultes, qu'hommes en devenir. Ceux qui ne procédaient pas ainsi entendaient prouver leur force, leur maturité et leur virilité à peu de frais, et il détestait ce type de comportement facile. Il était, pour lui, le fait des faibles et des lâches. Quelques jours dans l'Armée Russe calmaient bien vite ce genre d'imbéciles, et les privait pour toute leur vie de la tentation de profiter de quelque sorte de supériorité qu'ils s'imaginaient posséder. Et surtout, que puis-je faire pour vous ? Termina-t-il avec un sourire affable.

La donzelle avait le regard perçant, très vif. A vrai dire, il avait rarement vu un visage qui exprimât autant d'intelligence. Avec sa beauté et sa jeunesse, cette femme avait tout pour faire chavirer un faible ou un pervers, mais Sacha n'était ni l'un, ni l'autre, et il était très professionnel. Aucun risque qu'il tente de la charmer ou quoique ce soit; rien qui dépassât la politesse qu'il avait toujours considéré comme formatrice d'un homme complet, avec de multiples autres qualités. Néanmoins, il se tiendrait sur ses gardes. En ce pays, les femmes avaient l'habitude d'être à leur aise, de travailler dur et efficacement. Elles pouvaient être redoutables d'intransigeance et d'exigence, et d'une façon plus calme, plus froide, voire cruelle, que celle des hommes américains, qui, forts de leur confiance en eux-mêmes, de la foi en la présence en eux d'un fort taux de testostérone - les pauvres garçons ! - pouvaient vite perdre leur self-control, et penser qu'hausser la voix d'un air d'autorité, ou en venir aux mains dans une affaire tendue arrangeait les choses profitablement. Il préférait traiter avec des femmes, c'était plus formateur et instructif.
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Wikke Hulbrecht
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MessageSujet: Re: Une journée comme les autres ...   Jeu 10 Avr - 23:04

L'attente ne fut pas longue, et la porte de cette petite baraque cossue -bien qu'à vrai dire, d'un style relativement suranné pour Roxane- s'ouvrit pour laisser un homme plus petit qu'elle. Il avait un costume des plus classiques, trahissant le professionnalisme qui suintait de ses traits. Les souvenirs qu'elle avait de lui datait pour elle d'hier. Elle l'avait deux fois, à quelques années de différence. La première fois au Mozambique, quand elle travaillait encore pour le gouvernement chinois, puis en Somalie, où il avait échangé une poignée de main et un verre avec Wikke, lors d'une soirée organisée par le président en remerciement des "bienfaiteurs étrangers" qui contribuaient à mettre fin à la guerre civile. C'était elle, l'évasive chinoise que lui avait présenté le chasseur de primes. C'était pour elle que ce dernier s'était excusé, pour aller passer à tabac un officier local un peu trop entreprenant. Elle avait les cheveux longs, à l'époque, une robe de gala, et plusieurs années de moins. Elle n'était plus la même. Lui semblait juste avoir gagné quelques rides tout au plus, qui ne l'avaient pas fait départir de ce galant professionnalisme.

Elle se demanda ce que cela ferait de tomber sur son reflet de dix années de moins. Se reconnaîtrait-elle elle même ? De quoi pourrait-elle bien parler ? Non, elle le savait, elle y avait déjà pensé, elle avait passé toutes les situations en revue, toutes les variables. Cela serait stupide. Pourquoi y pensait-elle maintenant ? Vieillissait-elle ? Non, se calmer, éviter tout écart. C'est l'étreinte d'Alexander qui la ramena à la raison avant qu'elle ne bascule à nouveau dans une crise, stupidement. Il avait senti cette tension imperceptible, il avait serré subtilement sa main à la sienne. Il souriait, salua poliment. Elle fit de même.

" C'était moi. " répondit-elle simplement à l'interrogation, souriant tout aussi professionnellement que son interlocuteur.

Une odeur de tabac froid, une sobriété d'intérieur certaine. L'idée qu'elle s'était faite de lui semblait la bonne. Elle détestait le tabac. Cela la faisait tousser. Elle savait se contrôler maintenant, mais pas Alexander. Il toussota. Intérieurement, c'était la même rengaine, la jouissance d'avoir tout déterminé à l'avance, et la tristesse qui l'accompagnait, dans son ombre. Ses filles ressentaient-elles cela aussi ? Est-ce qu'Alexander le connaîtrait ?

Elle entra, enregistra et traita toutes ses informations qui affluait à elles. Des toiles de Rembrandt accrochées au mur, intéressant, cocasse, amusant. Elle se serait bien attardé pour vérifier leur authenticité. Elle pensa à des dizaines de raisons différentes qui pourraient pousser un homme comme celui qui les accueillait à conserver des toiles comme celles-ci. Elle analysait, elle classait. En même temps, elle comptait les entrées et sorties potentielles, le nombre de fenêtres, les canalisations d'eau et de gaz apparentes, ce qui pourrait servir à s'évader, ce qui pourrait détenir des informations... Et en même temps, elle se demandait ce qui pouvait la forcer à faire cela. Pourquoi compter tout cela ? Il n'y avait aucune raison que cette rencontre vire à la confrontation. Non, au-delà d'une simple impossibilité, c'était une interdiction qu'elle se posait. Non, pas devant Alexander. C'est tout un pan de son cerveau qui sembla s'éteindre avec ce brutal arrêt de l'analyse guerrière de la demeure, comme si c'était une application qu'elle avait fermé. Tout cela, toutes ces informations, toutes ces actions entreprises dans sa tête, cela n'avait pas pris plus de quelques secondes, alors qu'elle entreprenait ses premiers pas vers le salon.

Ils prirent place dans le canapé beige, leur hôte dans un siège qui leur faisait place. Elle eût le sentiment d'entrer en consultation chez un quelconque spécialiste médical. Elle détestait cela, cette atmosphère où elle se sentait rabaissée, où l'on tentait de lui faire croire qu'elle ne savait pas elle même de quoi elle était atteinte. Non, cela n'avait rien à voir. Rien.

" Je suis Roxane Hulbrecht. " énonça-t-elle avec une infinie politesse " Mon fils, Alexander Hulbrecht. Vous vous souvenez peut-être de mon mari, Wikke Hulbrecht. Vous l'avez croisé en Somalie, le 4 Janvier 2009, au buffet de la soirée organisée en remerciement de l'aide étrangère au rétablissement de l'Ordre à Mogadiscio. "

La précision des détails avec lesquelles elle se souvenait de scènes passées l'effrayait elle-même parfois. Elle y remarquait des détails qu'elle n'avait alors pas vu, elle se souvenait même avoir regardé l'heure en soupirant, exaspérée par la musique et la conversation effarante de platitude des autres femmes de dignitaires. " Aux alentours de 19h20, vous avez commandé ensemble deux Cuba Libre. Il insistait pour trinquer à la santé de Fidel Castro. C'était quelques minutes avant qu'il ne vous présente à moi. J'étais assise avec une bouteille de Vodka à la main que je sirotais au goulot. "

Alexander posa sa deuxième main sur la cuisse de sa mère, en la regardant dans les yeux. Ils échangèrent un bref regard.

Il était d'une valeur inestimable.

Dans cette situation, les jumelles l'auraient poussé, et lui aurait demandé tout les détails de cette fameuse main baladeuse qui avait envoyé à l'hôpital un colonel un peu trop chargé.

Elle était froide dans son entrejambe, il puait l'alcool, la trentaine, balafré.

Non, il ne fallait pas y penser. Elle se concentra sur son interlocuteur. Elle appréciait cette franchise de traits et cette droiture d'esprit. Il ne se cachait pas, et il ne sentait pas dans ses yeux ce désir lubrique que tout les hommes lui portait. Même Alexander semblait le considérer avec intérêt.

Non, elle ne devait pas baisser sa garde. Ce n'était pas le moment. Elle ne savait pas si elle pouvait lui faire confiance, pas encore. Elle n'avait pas de certitudes.

" Excusez-moi " lâcha-t-elle, neutre, cachant sa confusion intérieure. " J'ai une propension au détail quelque peu ... invasive. "

Elle s'interrompit pour sourire à son fils en lui caressant la main. Non, ce n'était pas bon. Elle devait se reprendre. Elle se tourna à nouveau vers son hôte, neutre comme si rien ne venait d'arriver, reconduisant sa courtoisie.

" Je vous ai contacté pour une toute autre raison. Mon mari opère en ce moment, j'imagine que vous n'êtes pas sans le savoir : il a adopté pour le public ce stupide sobriquet d'"Iron Wolf" après son enregistrement auprès de la FEMA. Certains récents événements, cependant, lui ont fait prendre conscience d'un certain ... "manque" ... d'un point de vue tactique, pour lui et ses hommes. Il a besoin d'un homme entraîné, qui puisse comprendre sa façon de travailler et celle de ses hommes, pour les aider dans les opérations qu'ils mènent ici. "

Elle ne put s'empêcher d'achever en en disant trop :

" Bien sûr, tout cela reste entre nous. "

Comment cela était possible ? Comment pouvait-elle être aussi faible ?
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Sacha Romanovski
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MessageSujet: Re: Une journée comme les autres ...   Ven 11 Avr - 7:21

Sacha se reprocha intérieurement d'avoir oublié quelque chose d'accessoire, mais qui pouvait avoir son importance ; toute sa maison puait le tabac, bien qu'il l'aérait régulièrement. Sa propension à fumer comme un pompier inquiétait ses médecins, ce dont il n'avait cure. Son grand père, dont il portait le prénom, avait fumé la pipe toute sa vie, avait connu la Grande Guerre Patriotique contre l'Allemagne Nazie, et était mort tranquillement à 80 ans. La robustesse était de famille. Il avait oublié, en tentant de prendre le soleil, puis en retournant dans le salon, de fermer la fenêtre qui donnait sur le balcon. Un petit vent frais agréable s'engouffrait dans la pièce, et il était bienvenu, car au dehors, la chaleur était torride, curieusement, au vu de la situation géographique de Halden City. Le soleil était revenu, illuminait bienveillamment la pièce.

Pour ce qui était de l'analyse, Sacha n'était pas en reste, de coutume, mais il s'y refusa. Si il entrait un peu puérilement dans le jeu de celui qui accumulerait le plus d'informations, il savait très bien qu'il n'était pas sûr de gagner, mais aussi que cela ne l'avancerait à rien. Ils étaient là pour travailler, et pour ce faire, autant éviter de perdre du temps, et parler franchement. Son interlocutrice semblait l'avoir compris, et il s'en félicita intérieurement.

Il avait néanmoins saisi une chose qui l'intéressait : Le rapport entre Alexander et sa mère, plein d'une affection et d'une sorte d'entente intérieure que lui-même n'avait jamais connue à ce point, quoiqu'il n'en ait jamais senti le besoin, et n'en ai jamais souffert comme d'un manque. Il se dit que la jeune femme avait du emmener son fils afin de le former, lui montrer comment on traitait une affaire, dans l'intention de faire de lui une sorte de successeur ; son oncle, Ivan Alexandrovitch, faisait de même avec lui. Dans leur datcha, il invitait régulièrement, ainsi que son frère, Pietr, des collègues militaires, et, dans leurs entretiens, invitaient le jeune Sacha pour qu'il se forme à ce contact. Il apprécia la chose. Les enfants n'étaient pas faits pour être choyés, comme cela se faisait de plus en plus, mais pour apprendre, connaître, découvrir, accumuler. Le reste de la vie dépendait du capital qu'on avait amassé à cette période, il ne le savait que trop pour se l'être entendu dire tant de fois.

Il attendit patiemment que la jeune femme ait fini sa présentation, et de se rappeler à son souvenir. A la fin de son discours, il nota quelque chose qui n'aurait échappé d'ailleurs à personne : une certaine nervosité qu'il soupçonnait du fait qu'elle s'était excusée, alors que l'entretien démarrait à peine, pour, somme toutes, une broutille. L'accumulation mécanique de détails qu'elle avait faite l'avait intéressé, et, en quelque sorte, et sans méchanceté, amusé plus qu'autre chose. Il avait fait un signe poli de la main pour indiquer que ce n'était rien et la prier de continuer, sans mot dire. Quand elle eut fini, il prit posément la parole, avec son léger accent russe.

-Tout cela reste entre nous, c'est entendu, Madame Hulbrecht.

Il ne voyait pas pourquoi elle avait cru bon de préciser cela, mais ne s'y attarda pas, et ne chercha pas à la sonder plus avant. Il était juste évident pour lui que tout cela ressortait du secret le plus strict, comme d'habitude. Les précautions que la jeune asiatique avait prise au téléphone avaient suffi à donner le ton de l'entretien à venir. Mais il n'était pas de ceux qui profitaient d'une faiblesse soudaine de ses interlocuteurs pour placer une pique ou se faire bien voir. Il parlait donc calmement, d'un ton neutre, toujours très professionnel. Quand aux Hulbrecht, il s'en souvenait, vaguement. Cela remontait à un peu moins de dix ans, et ils n'avaient fait que se croiser et se parler brièvement, quoiqu'ils avaient vite sympathisé. A vrai dire, c'était surtout de cette femme qui buvait de la vodka à la bouteille, à la russe, qu'il s'était souvenu. Une toute jeune femme, très belle, à l'air décomplexé, et dont le mari avait tabassé un malheureux coq trop entreprenant. Il se souvenait également d'avoir siroté tranquillement son cocktail en riant en assistant à la scène, attendu que Wikke n'avait pas besoin de son aide pour régler ce genre d'affaires, loin de là.

-Le nom de Hulbrecht me dit en effet quelque chose. Je me souviens bien de la Somalie, mais pas des Cuba Libre - cela avait du être la première fois que j'en buvais, et je n'ai certainement pas pu remettre la main dessus depuis car ce nom m'avait échappé -, j'ai trinqué, si vous permettez, tant de fois à la santé de Fidel Castro que je ne fais plus le compte. Mais maintenant que vous me le dites, je me rappelle de vous et de votre mari ; permettez-moi de vous féliciter pour votre mémoire nette et précise.

Ceci dit, il ne s'attarda pas sur la question. Il haïssait la flagornerie et détestait donner l'impression qu'il passait la pommade ou quoique ce soit dans ce genre. Il réfléchissait en même temps à l'exemple que l'évocation de tout cet alcool représentait pour le jeune Alexander. Sans doute, se dit-il, celui-ci, avec son père, surtout, en avait-il vu d'autres. Il faisait confiance à Roxane pour savoir ce qu'il fallait dire ou non en présence de l'enfant de dix ans.

-Bien, passons au point focal de la raison de votre venue ici : les opérations de votre mari. J'ai en effet, sans faire le lien avec lui, entendu parler de cet Iron Wolf, enregistré au sein de la FEMA, et ce nom m'avait interpellé. J'ai surtout eu l'occasion - je crois que c'était avant-hier -d'entendre des coups de feu, au loin, mais semblant venir de la ville, et ne ressemblant pas à des tirs d'entraînement - trop précipités, enchaînés, trop soudains, et puis d'habitude, quand ils viennent faire des manoeuvres dans les environs, ils préviennent la population -...et puis j'ai surtout vu ce matin, dans les journaux, les photos de ce qui devait être une élégante villa, détruite. Je me suis demandé si je devais faire le lien, car les attaques terroristes sont en recrudescence, en ce moment dans la ville...les anarchistes, comme les réactionnaires haïssent ce Lazarus District, et auraient pu vouloir faire un exemple.

J'ai gardé de votre mari le souvenir d'un homme très sympathique, et très efficace. Quoiqu'il se soit passé, et que ce que je suis en train d'évoquer soit en lien ou non avec lui, je serai ravi de l'aider. Mais pour cela, je suis obligé de vous demander de m'en dire plus sur la nature des opérations qui sont les siennes ici ; non pas le pourquoi, qui reste à votre discrétion, bien sûr,  mais le quoi, sans vouloir être pédant. Comment procède-t-il d'habitude ? Quel type d'adversaires doit-il affronter ?


Quelque chose vint le titiller. Ils étaient, après tout, ses invités, en quelque sorte, et il convenait de leur offrir quelque chose. Cela permettrait, de plus, de faciliter l'échange. Il avait remarqué que ses interlocuteurs étaient toujours plus détendus, dans ces conditions, et puis, l'élégance l'exigeait.

-En passant, puis-je vous offrir à boire, à manger ? Rajouta-t-il rapidement.
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Wikke Hulbrecht
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MessageSujet: Re: Une journée comme les autres ...   Dim 13 Avr - 16:37

Un léger courant d'air frais pénétra dans la maison par la fenêtre ouverte, le petit garçon frissonna. Il fallut cela pour que Roxane prenne conscience de la relative inadaptation de sa tenue au temps. Elle n'avait plus cure de la mode depuis des années, mais dans sa quête de se rendre présentable, elle avait prit tout ce qui lui était passé sous la main, dont son léger pull, qui n'en demeurait pas moins un choix curieux par la chaleur ambiante. Sacha ne sembla pas vouloir revenir outre mesure sur cet écart d'amateur qu'elle venait de faire, bien qu'elle put tout de suite constater qu'il l'avait remarqué.

Elle brisa le contact visuel au moment qui n'était pas le plus opportun donc, frottant l'épaule de son fils comme pour le réchauffer, en observant l'extérieur où un trafic régulier passait, et où la population vaquait à leurs occupations. Presque mélancolique, elle aspirait en ce moment à les connaître eux, les inconnus, cette vieille concierge qui balayait son perron, ces deux joggeurs, cet enfant aspiré à expliquer quelque chose à sa mère, qui hochait volontiers la tête en lui tenant la main, forçant subtilement le pas. Elle sourit à la mention de sa mémoire en soufflant du nez, sans toutefois que ses yeux n'expriment quoique ce soit, comme si elle entendait, et n'entendait pas tout à la fois. Tout le monde semblait trouver cela fabuleux, et elle ne savait que trop penser elle-même de cela. Cette petite allusion bienveillante provoqua chez elle le retour de toutes les fois où on lui avait fait remarqué cela, et même, plus curieusement, toutes les fois où Wikke venait l'interroger sur la localisation de ses paires de chaussettes ou de son téléphone. Tout se confondait avec une clarté limpide dans sa tête, et elle observait les passants tout en continuant à écouter et en repensant à la fois où elle avait restitué six mois de comptabilité du magasin de son père de tête après que celui-ci ait fait disparaître par erreur les papiers dans le feu.

Elle retourna le visage pour plonger à nouveau son regard dans celui de Sacha, car elle savait à quelle point nombre de personnes pouvait trouver irritant cette manie qu'elle avait de s'écarter en apparence d'une conversation pour se replonger dans ses souvenirs.

" De l'eau minérale fera l'affaire ... " répondit-elle à l'invitation
" Un jus d'orange, s'il-vous-plaît, monsieur. " l'interrompit son fils.

La chinoise regarda successivement son interlocuteur et son fils, ne pouvant cacher son air confus et désolé. Le petit Alexander n'était certainement pas du genre à être attiré par l'alcool, d'autant plus avec des mentions appuyées à de nombreuses liqueurs qui lui étaient inconnues, mais cela ne l'empêchait d'avoir des habitudes bien différentes de sa chaste mère, et de savoir profiter des quelques ouvertures que celle-ci lui offrait malgré elle. Sa formation avait été indéniablement militaire et universitaire plus qu'humaine, et si elle savait combattre les petites jumelles sur leur propre territoire, puisque celui-ci était le sien propre, son fils utilisait une approche radicalement différente, à laquelle elle ne savait trop quoi répondre...

" Soit, si cela est possible, deux jus d'orange. Sinon... Eh bien, de l'eau. " trancha-t-elle au bout de quelques secondes d'un blanc étrange que seul les oiseaux du dehors voulaient bien égayer de leurs piaillements.

Ne souhaitant aucunement causer de troubles, elle se proposa même d'aider à chercher les boissons. Puis elle brisa à nouveau le silence que cet aparté avait installé.

" Cet destruction que vous évoquiez, j'en ai eu vent, en effet. C'est dramatique, indéniablement. " mentit-elle, quoique par omission. " Vous n'avez pas tout à fait tort : les opérations de mon mari ont en effet à faire avec cette vague de violence. Vis-à-vis de cela, votre pédanterie n'est que professionnalisme, et c'est bien pour cela que j'ai pensé à vous. "

Elle s'interrompit pour se permettre une gorgée de son verre, lâchant un furtif regard à deux oiseaux qui passaient devant la fenêtre, pour ne revenir que mieux dans la conversation, après avoir réfléchi à ce qu'elle allait pouvoir dévoiler.

" Pour répondre à votre question, mon mari opère en compagnie d'une poignée de collègues mercenaires qu'il a trié sur le volet. Il privilégie l'approche directe, souvent la plus simple et de préférence la plus discrète. Il s'attelle à laisser le moins de traces possibles : vous le connaissez comme moi, ses méthodes ne sont pas des plus ... "vendeuses" auprès d'une opinion publique aseptisée, et il s'en est heureusement rendu compte. "

Elle prit une nouvelle gorgée, et, tout en reposant son verre avec une infinie délicatesse, continuait :

" Ses adversaires sont en ce moment extraterrestres, et en cela, variés et surtout, imprévisibles. "

Oui, imprévisible. Cela était le caractère le plus juste pour leur dernière cible. Cible envers laquelle Roxane entretenait une amertume doublé d'une curiosité maladive. Une sorte de réaction d'évolutionnisme intellectuel, pour se prémunir de la menace.
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Sacha Romanovski
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MessageSujet: Re: Une journée comme les autres ...   Dim 13 Avr - 17:32

Sacha avait espéré se rendre agréable en laissant la fenêtre ouverte, mais peut-être l'avait-il oubliée trop longtemps, car il se rendit compte que le jeune Alexandeur frissonnait. Tout en trouvant, en son for intérieur, l'enfant particulièrement frileux, il proposa de fermer la fenêtre. Après avoir reçu la réponse de son interlocutrice, il protesta alors qu'elle se proposait de l'aider à apporter les boissons.

-Madame Hulbrecht, vous et votre fils, sont, si l'on peut dire, mes hôtes, ne vous dérangez pas, je vous en prie. J'apporte vos jus d'orange. Avait-il dit en amenant deux grands verres sur un plateau.

Il avait, entre-temps, remarqué ce que d'aucuns auraient pu considérer comme une évasion de la conversation trahissant son manque d'intérêt. Quoiqu'il avait, et cela était de famille, un fond susceptible, il avait appris à lutter contre celui-ci depuis longtemps. Il prenait de la distance avec tout ce qui eut pu blesser un autre, et s'amusait de l'apparente distractivité de Roxane. Poliment, il ne releva pas cette originalité, et se concentra sur la résolution du problème qui se posait à partir des maigres éléments qu'il avait à disposition.

Lorsque la jeune femme fit allusion à son professionnalisme, il sourit poliment, mais sans plus ; il était imperméable aux compliments. D'aucuns le trouvaient, pour cette raison, particulièrement froid, d'une froideur typique des Russes ; mais il ne s'agissait, chez lui, que d'égalité d'humeur.
Alors que Roxane se mettait à détailler la situation, une flamme étrange vint luire dans le regard calme de Romanovski, ses yeux, toujours étrangement plissés, sans s'ouvrir, s'animèrent. La surprise, l'incertitude, l'étrange, faisaient surface. Un début d'excitation naissait au fond de son esprit. Il avait supervisé tant d'opérations que, malgré leurs différences, il avait fini, sans oser se l'avouer, par être un peu blasé vis-à-vis de ses activités.

C'était l'histoire des aliens, des super-héros, dont Halden City était, de toute évidence, un point clé, un épicentre même, qui avait motivé sa venue ici. Il n'avait, malgré ses efforts, jamais pu, cependant, travailler sur ces nouveaux-venus dans les questionnements militaires et sécuritaires. Et voilà que Roxane Hulbrecht lui proposait directement, enfin, de s'en occuper ! Dans l'esprit de cet homme cultivé, ces nouvelles données dans la stratégie, la tactique, constituaient à elles seules une révolution similaire à l'introduction en masse des premières armes à feu. Tout était chamboulé, bouleversé. Quelle période exaltante que celle-ci, ou tout était à construire, à définir ! Sans le savoir, la jeune femme était en train de lui redonner une nouvelle jeunesse.

Sa tendance très slave à l'enthousiasme fut néanmoins intériorisée, et, détestant les épanchements et le lyrisme, il tâcha de n'en rien laisser paraître et de garder son ton neutre et professionnel. Mais une flamme dans ses yeux brillait tandis qu'il parlait :

-Bien. La question extraterrestre, qui a investi très récemment le champ de la réflexion militaire, pose beaucoup de problèmes. Une des règles d'or de ce genre d'activité, vous ne l'ignorez pas, c'est de connaître son ennemi, mieux qu'il ne vous connaît vous-même. Or, nous sommes, nous, humains, en situation inverse. Nous errons dans les ténèbres, et devons marcher prudemment, tâtonner, dans notre réflexion. Vous n'êtes pas sans savoir que nous devons réviser tous nos concepts d'emploi des forces, à toutes les échelles. Aussi, je crains que la méthode directe, comme vous dites, qu'emploie de coutume votre mari, ne soit à revoir en profondeur. Autant, sur les théâtres d'opérations que vous connaissez comme moi, surtout en Afrique, cela marche, autant, sur un ennemi que nous connaissons mal, parce qu'il ne forme pas un tout homogène que nous puissions englober par une approche théorique, par une méthode, nous sommes en faiblesse flagrante.

Cela renvoie à l'imprévisibilité que vous énoncez : si votre mari est forcé de lutter contre des aliens, il va devoir réfléchir à ses premières expériences, car je suppose que, si vous venez me voir par rapport à cette situation ,c'est qu'il en a déjà eu. Et en tirer les conclusions : quelles ont été ses points forts, ses points faibles, ses erreurs, celles de l'ennemi ? Cela a l'air tout basique, et vous y aurez bien sûr tous les deux déjà réfléchi, je n'en doute pas. Mais le dossier est délicat : si il y a déjà eu combat, comment s'est-il passé ? Je ne peux pas vous aider en restant, vous vous en doutez, confortablement installé dans mon fauteuil, et trouver, tel Sherlock Holmes, une réponse parfaite. Surtout quand nous sommes face à un adversaire dont la caractéristique est qu'il sait plus de choses sur nous, et de loin, que nous de lui.

C'est très simple ; officiellement, nous n'avons jamais eu à les combattre. Ils sont encore peu nombreux sur Terre, représentent des espèces très différentes qui ne s'entendent pas. Cela est déjà riche de possibilités et intéressant si jamais nous devions les combattre à grande échelle, mais revenons à notre situation.

Beaucoup de ses espèces se caractérisent, par rapport à nous, par une force physique, une constitution bien supérieures aux nôtres. Contre cet adversaire, il faut employer des appâts, la ruse et le harcèlement. Ne pas engager le combat trop longtemps, mais délivrer en un laps de temps court un déluge de feu, puis se retirer. Puis recommencer. A chaque fois, changer le type d'appâts, la façon dont on le piégera - ne pas répéter les mêmes procédés, ne pas sous-estimer leur intelligence -, et l'user comme un essaim de mouches attaquant à lion : l'agacer, lui faire perdre ses moyens, le désorienter. C'est là qu'il sera, à la fois le plus dangereux, et le plus vulnérable. Il faudra doser subtilement les attaques, leur intensité, et préparer minutieusement plusieurs plans de repli.
Amenez l'adversaire là où vous souhaitez qu'il se trouve. Ils ne sont pas invincibles, et ont forcément des faiblesses, des attaches. Attaquez ces dernières.

En revanche, si l'adversaire est faible en physique, mais très intelligent, et bien, il faudra pénétrer dans son esprit. Pour cela, il faudra le tester. Commettre, peut-être volontairement des bévues. De toutes façons, les premières fois seront toujours des tâtonnements. Pour comprendre l'adversaire, il faut pouvoir prendre des risques. Je connais un peu certaines espèces arrogantes qui s'estiment plus malines que nous : si c'est elles que vous devez combattre, si elles vous méprisent, eh bien ! Qu'elles le fassent ! Faites tout pour les conforter là-dedans : vous verrez qu'elles procéderont toujours de la même manière, sûres de l'efficacité de leur méthode. Si vous remarquez que deux, trois, quatre fois, vos adversaires ont appliqué la même tactique, surprenez-le d'un coup ! J'appelle ça se faire plus petit qu'on est pour que l'autre s'oriente par rapport à votre faiblesse simulée. Dès qu'il est sûr de lui et de l'idée que vous l'aurez forcé à se faire de vous, frappez avec les forces que vous aurez minutieusement dissimulé à son attention ! Il se rendra compte, bien trop tard, que vous n'êtes pas ce que vous prétendiez.


Ceci dit, il prit soin de se désaltérer. Il s'était embarqué dans ses réflexions, et craignit de s'être montré peu clair ; il faisait confiance à l'intelligence de Roxane pour comprendre parfaitement ce qu'il disait. Buvant d'un trait son verre d'eau, il le reposa lentement et précautionneusement sur le plateau. Il marqua une brève pause, puis poursuivit.

-Je suppose que vous avez déjà quelques informations sur le ou les extraterrestres que vous avez à combattre. Quelles sont-elles ? Car j'ai exposé jusqu'ici la théorie, mais maintenant, il me faut étudier les faits.
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Wikke Hulbrecht
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MessageSujet: Re: Une journée comme les autres ...   Mer 16 Avr - 21:41

Roxane fut pour le moins étonnée de cette logorrhée qu'avait pu déclencher sa succincte description chez ce Russe qu'elle aurait cru des plus taciturnes. Oh, point du point de vue du déplaisir, juste de l'étonnement dans sa forme la plus pure. Une forme qui semblait vouloir se présenter à elle de plus en plus fréquemment ces temps-ci. Elle l'écouta sans piper mot, savourant discrètement son jus d'une main réservée qu'elle tenait près de son corps, adressant l'indifférence la plus totale envers son fils qui, malgré sa politesse appuyée, ne pouvait s'empêcher de remuer les pieds en entendant ces adultes parler de matières qui ne le concernait que très vaguement : il se sentait artiste ; la violence, elle, était bonne pour ses sœurs !

Ici, on rentrait dans le domaine que l'ancienne stratège chinoise préférait, le domaine de l'esprit. Evidemment, son mari n'était pas des plus adeptes de ces questionnements, car c'était un impulsif. Cela avait ses vertus, aussi, jusqu'à une certaine mesure. Une mesure qui ne s'était pas avouée suffisante lors de ses opérations récentes.

" Au risque de passer pour une flagorneuse, votre réputation n'est pas usurpée. " avoua Roxane au terme de l'exposé, avant de reposer son verre.

Elle était songeuse, et s'enfonça dans son siège en levant la tête, regardant le luminaire en se mordant la lèvre inférieure. La moue cachait une réflexion intense, et c'était une véritable tempête que l'on aurait pu apercevoir au fond des orbites de ses yeux. A coté, son fils semblait s'être totalement détaché, regardant par la fenêtre en balançant ses jambes d'avant en arrière. Il semblait que ses services n'étaient plus demandés, ou bien que sa réserve de patience avait trouvée ses limites.

" Voyez-vous, ce n'est pas pour une consultation que j'ai cherché à vous joindre. " admit la mercenaire, revenant à ses moutons, " Non, c'est pour plus que ça. Les informations que vous me demandez, elles sont classifiées, mais plus que cela, je pense que c'est avec mon mari que vous devriez en discuter. Il est plus à même que moi de vous en parler. Il a ... rencontré ces choses, il les a combattus, il les a ... senties. "

Elle ramena ses poings sur ses genoux, se penchant vers Sacha, confidente.

" Nous cherchons un véritable conseiller sur le terrain. Quelqu'un qui sache préparer des plans d'opérations, quelqu'un qui soit à même d'aviser sur le terrain dans des domaines où les combattants n'ont pas le temps de s'investir. De la stratégie, sommes toutes. Voilà ce que je vous propose : un contrat pour, et avec mon mari, pour sa prochaine cible. "
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MessageSujet: Re: Une journée comme les autres ...   Sam 28 Juin - 16:50

Le long d'un exposé qui aurait pu être plus concis, mais dont il était sorti non sans une certaine satisfaction, Sacha Romanovski avait remarqué que l'enfant qui accompagnait Roxane avait poussé l'impolitesse jusqu'à manifester clairement son désintérêt pour la conversation d'adultes et de praticiens confirmés des choses de la guerre et du combat. Maudissant intérieurement le sans-gêne de ces gosses trop gâtés qu'engendrait l'Occident, généralisant à partir d'un cas particulier, et en ayant pleinement conscience, il savait qu'il manquait de rigueur intellectuelle dans l'émission de ces reproches. Suffisamment fin et artificieux pour ne rien laisser paraître de son agacement, il se réjouit au fond de son coeur de n'avoir pas d'enfants.

En effet, on ne lui connaissait ni compagne, ni progéniture, et bien peu de gens savaient quelque chose à propos de sa famille. Le secret le plus absolu en tout point était plus qu'une règle chez lui, c'était véritablement une façon de vivre. Il ne s’intéressait qu'à son travail et vivait de façon quasi-monacale. La vérité était que derrière ses airs avenants et quiets, posés et flegmatiques, c'était un grand angoissé, qui savait pertinemment qu'une vie de famille telle qu'on l'entendait couramment n'était pas compatible avec ses activités, qui comprenaient de nombreux déplacements à travers le monde.

Ceci ne provoquait d'ailleurs chez lui aucune tristesse, et il n'en éprouvait aucun regret. Il prenait tout avec beaucoup de distance et d'humour, et était le premier, et le plus souvent, le seul, à se moquer du caractère parfois un peu étriqué de son existence, et de sa solitude. Il avait développé dès sa jeunesse une forte tendance au scepticisme et à l'ironie qu'il avait gardé depuis et exerçait en toutes circonstances. Seulement ceci se faisait le plus souvent dans les recoins de sa conscience. Il était trop rusé pour être spontané et exprimer ce qui lui passait par la tête. Cette façon que trop de gens avaient de se vider, le dégoûtait profondément, et suscitait son mépris plus que son ire. A son âge, il avait passé le stade des colères enflammées contre la bêtise de ses contemporains, et bien qu'il ne s'en accommodât pas pour autant, il la prenait avec beaucoup de recul, et encore une fois, avec humour.

Lorsque Roxane, d'un ton qui paraissait sincère, le félicita pour la qualité de son exposé, il eut une moue aimable, façon de dire qu'il était touché par le compliment, et inclina légèrement la tête de l'air de dire :"à votre service."
Puis la jeune femme en vint à un exposé plus entier de ses motivations. Il se félicitait intérieurement qu'on en vinsse enfin à entreprendre de travailler quelqu'un au corps, comme il disait. Il écouta patiemment le bref exposé de son interlocutrice et, d'un air sérieux qui contrastait légèrement avec sa détente antérieure, répondit :

-Chère Madame, je suis à votre service, ainsi qu'à celui de votre mari. Je suis disposé à le rencontrer et à parler avec lui en détail de cette affaire, où et quand il vous semblera souhaitable à tous deux.

Croisant les doigts et se renfonçant dans son fauteuil, il réfléchit quelques secondes. C'était tout à fait spontané, mais ne l'eut-ce pas été qu'il aurait fait de même. Bon comédien, il aurait de la même manière simulé l'hésitation et la réflexion, car, plus que d'un conseil théorique, il s'agissait de participer aux opérations sur le terrain. Cela ne l'arrangeait pas forcément, ni ses affaires, mais d'un autre côté, il y avait longtemps qu'il n'avait senti l'excitation du combat lui chatouiller les tripes. C'est pourquoi il résolut de complaire à l'eurasienne.

-Vous avez besoin d'une assistance sur le terrain. Eh bien, je vous l'offre - enfin, façon de parler -ajouta-t-il vivement d'un air malicieux. Mes honoraires sont un détail que nous pourrons fixer avec votre mari, mais le sérieux de l'affaire réside dans ma participation aux opérations. Dans la conception, et, bien plus délicat, dans l'exécution. Je suis prêt à participer aux deux. Votre cible sera ma cible, conclut-il.

-Néanmoins, je dois vous faire remarquer ceci : étant un conseiller et un consultant indépendant, free-lance, comme on dit ici, je tiens à rester à l'écart des opérations d'une quelconque institution ou organisation, hormis ce qui relèvera du contrat présent ; j'ai bien conscience qu'en acceptant, j'accepte de nouer des liens professionnels étroits avec une personne qui elle-même...

Il fit un vague mais éloquent geste de la main pour suggérer l'importance de l'institution pour laquelle Roxane avait dit que son mari travaillait.

-Cependant, notez bien, et je suppose que vous l'aurez bien compris, je ne veux certainement pas donner l'impression de faire injure à votre intelligence, que cela ne m'attache qu'aux employeurs provisoires, ou, pour mieux dire, aux associés que votre mari et vous-même représenteront. Que la FEMA, que vous avez évoqué tout à l'heure, n'aille pas croire que je suis à son service de façon durable, et que je m'attache à son char.

Il accompagna cette dernière phrase d'un sourire aimable. Le tout, qui pouvait paraître sec, avait été dit avec une grande douceur, d'une voix presque feutrée d'aristocrate. Il ne le dirait pas, mais il avait hâte de pouvoir travailler vraiment à quelque chose.
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