Venez jeter un coup d’œil à Halden City, chaleureuse métropole de la Côte Est des Etats-Unis. Ici, l'herbe est verte, le ciel bleu, et les supers-héros côtoient tant bien que mal les humains et les aliens, dans une atmosphère tendue. Qui rejoindrez-vous ?
 
AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Opération Prélude

Aller en bas 
AuteurMessage
Sacha Romanovski
Admin
avatar

Messages : 55
Crédits : 2249
Date d'inscription : 29/03/2014

Fiche d'Immatriculation
Sexe: Homme
Âge: 42 ans.
Ethnie : Humain.

MessageSujet: Opération Prélude   Dim 13 Avr - 14:38



-Vous devriez lire Saint Jean de la Croix. Vraiment, c'est le mystique catholique le plus méthodique et le plus équilibré que je connaisse.

Le Taureau de la Havane reposa son verre de Cuba Libre sur la petite table du bar miteux où ils s'étaient installés, et fixa un moment le moine français. Puis il sourit.

-Vous me ferez toujours rire, Abba. Vous pensez peut-être que j'ai le temps de lire ?
-Pour l'essentiel, on a toujours le temps.


Manuel Esperanza sourit d'un air carnassier, et ricana.

-Nous n'avons pas la même notion de ce qui est essentiel, Hutin, vous devriez l'accepter, depuis le temps que nous nous connaissons.
-Vous ne pourrez pas toujours rester dans le prosaïque et dans les affaires du siècle, Esperanza.
-Foutez-la paix, moine à la noix. Nous sommes ici pour travailler.


La rudesse de ton du cubain ne s'accompagnait pas d'irrespect. Au contraire, les derniers mois, qui avaient vu le rapprochement et la collaboration renforcée de ces deux hommes que tout opposait, avaient été fructueux. Dans leur entreprise, ils avaient bien avancé. Leur travail de sape, dans les milieux clandestins de Halden City, dans tout ce que la ville comptait de parias, de désespérés, de damnés de la Terre et de la société libérale, était encore loin d'avoir porté tous ses fruits, ni même d'aboutir dans ses objectifs. L'effort à fournir demanderait encore beaucoup de temps. Le processus qu'ils avaient engagé était situé sur le long terme.

-Des nouvelles du Suédois ?
-Non,
répondit, d'un air neutre et d'un ton détaché, le moine. Il ne m'appelle plus. Je crois qu'il est farouchement athée, pire que vous. Vous, vous ne comptez pas les choses de la foi parmi vos préoccupations, tandis que lui, semble prêt à combattre quiconque s'en réclame. J'exagère à peine. Il  est communiste ou anarchiste, en somme ?
-Qu'est-ce que j'en sais. Ca ne m'intéresse pas. Je me désintéresse de lui en tant que personne, ce qui compte, c'est ce qu'il peut faire pour nous.
-Vous n'êtes pas quelqu'un de curieux, Esperanza.
-Souciez-vous des âmes, si c'est votre truc, et laissez-moi à mes affaires, - nos affaires- Monsieur Hutin.


A dessein, il avait employé, avec son fort accent espagnol, cette dénomination, une fois de plus. Il savait fort bien que ce n'était pas le meilleur moyen de faire plaisir à son interlocuteur. Celui-ci, fort susceptible, soupçonnait toujours qu'on se moquait de sa nationalité, et le prenait très mal. Son collègue n'y manquait pas, non pas par irrespect pour les français, qu'il respectait assez dans l'ensemble, mais pour le plaisir de faire tiquer Jacques Hutin. Il était tellement facile de heurter la sensibilité du moine toqué qu'il se demandait si ce dernier n'exagérait pas quelque peu, par jeu, que ce soit consciemment ou non. Bien qu'au fond, il le respectât, il s'en méfiait. L'homme n'était pas clair, et donnait une impression de demi-folie plus ou moins bien canalisée. Pourtant, il semblait si sûr de lui, si profondément engagé dans une voie obscure pour le cubain, qu'il comprenait mal, sans oser se l'avouer. Les considérations métaphysiques et mystiques du français ne le laissaient pas complètement de marbre, mais il n'y comprenait rien. Tandis qu'il finissait son cocktail, son compagnon, situé à sa gauche sur la banquette, lui fit un signe du coude.

-Le voilà.

Leur rendez-vous était arrivé. Un jeune homme barbu, négligé, vêtu d'un blouson en cuir et d'un béret noirs, après être entré dans le bar - si on pouvait appeler ainsi cet endroit miteux et exigu - avait marqué une pause, pour s'assurer de la présence des deux acolytes. Une fois cela fait, les jaugeant un peu, si ce n'est les toisant, nerveux, il vint rapidement s'asseoir en face d'eux.

-Vous êtes en retard, lui fit le cubain d'un air détaché, comme pour faire un constat qui ne le dérangeait pas outre-mesure.
-Eu du mal à trouver. Quelle idée de me donner rendez-vous dans ce réduit ! J'habite en banlieue, je vous l'ai dit, les transports sont ce qu'ils sont.
-Bref, peu importe. Comment ça avance avec vos petits anarchistes ?
-Mais votre gueule !


Il regarda vivement autour de lui.

-Attendez, où est le barman ?
-Dans le réduit,
dit Abba en souriant. Le pauvre semble avoir souffert d'une crise d'épilepsie ou quelque chose comme ça.

Lui et Esperanza ricanèrent tandis que l'autre, les ayant dévisagé avec méfiance, comprit vite. La capacité du français à créer des hallucinations, ou autres types de perturbations psychiques, occupant le propriétaire des lieux, leur permettait de discuter en doute discrétion - l'homme ne se souviendrait de rien -, et accessoirement, de se servir au bar sans payer.

-Bon. Vous ne connaissez pas la nouvelle ?
-Quelle nouvelle ?
-Lazarus District, il y a quelques jours. Vous voyez la grande villa avec piscine, celle du-
-Oui, eh bien ?
-Y a plus. Plus de villa. Terminé. Attaque soudaine et massive, on ne sait pas qui, ni exactement comment - j'ai tenté d'interroger les voisins, mais ils sont encore sous le choc, et se méfient de moi. Ces bourgeois ont refusé de me parler, ou à aucun de mes contacts. Silence, une vraie chape de plomb.
-Nous en sommes bien contrits, mais quel est le rapport avec nous ?


Il s'interrompit, c'était à son tour d'être méfiant et de soupçonner.

-Ce ne seraient tout de même pas des dissidents, des anarchistes ?
-Non. Personne n'a les moyens, et puis l'occupant leur fait peur, comme à tout le monde. Ils ne s'y seraient jamais risqué. Et le rapport avec nous, chers amis, c'est que si quelqu'un, sans que nous le sachions, peut se permettre ce genre d'interventions mystérieuses, et qu'un tel secret se répande sur cette...opération, c'est que nos potentiels adversaires sont peut-être plus puissants que le pensons, et qu'il va falloir se faire encore plus discrets.
-Qui vous dit que le gouvernement est en lien avec ça ? Ca n'a pas de sens.
-On parle de la FEMA, on parle de la police...qui sait, c'est peut-être même un règlement de compte entre bestioles galactiques. Le problème n'est pas là. Quiconque a le pouvoir de faire un bordel pareil est dangereux, puissant, et, de toute évidence, peut semer la confusion dans la ville et retourner les diverses instances de cette chère cité, les unes contre les autres.
-Où voulez-vous en venir ?
-Nous sommes en train d'être dépassés. Il faut accélérer la cadence.

Un ange passa.

-Comment avons-nous pu ne pas être au courant ? Nous avons des contacts partout.
-Cela a l'avantage, justement, de réduire nos pistes d'investigation. Nous ignorons qui a fait le coup, mais nous savons qui en est purement incapable. Et c'est justement tous ceux chez qui nous avons des mouches et des alliés.
-Alors ?
-Alors il va falloir qu'on resserre, très discrètement, nos liens. Avancer les rencontres.
-Nous ne sommes pas prêts. Notre influence n'a pas encore eu le temps de se cristalliser.
-On a pas le choix. Il faut faire vite et prévenir Knout. Je l'appelle ?
-Attendez un peu. Aujourd'hui il reçoit. Il ne m'a pas dit qui, ni pour combien de temps, mais il vaut mieux prendre l'initiative.
-Il va mal le prendre.
-Il comprendra. Vous avez raison, il faut prévenir tout le monde.


Ceci dit, Le Taureau vida d'un coup le restant son Cuba Libre.

-Qu'est-ce qu'on leur dit ?
-On leur dit qu'il va falloir qu'il se sortent comme des grands de leur tanières, et qu'ils collaborent enfin les uns avec les autres. Qu'ils apprennent à oublier leurs divisions et à enfin faire quelque chose de leurs dix doigts.
-Je préviendrai l'Iranienne.
-Bien. Il est temps qu'enfin les oubliés du grand Capital s'organisent. Le Russe comprendra qu'on ait pris les devants. Du coup, je reviens au début de la conversation : où vous en êtes ?
-Ca progresse. Ils commencent à faire le ménage dans leur rangs, à se radicaliser, et surtout, à être capables de fabriquer des bombes sans foutre le feu à leurs caches.
-Ca me fait mal de l'avouer, mais ça constitue une évolution positive. Bien. On passe les coups de fil fissa, on fait ce qu'on a à faire, et demain, on appelle Knout.


La situation aurait exigé un rapport plus détaillé de Sven Unborg, mais le temps pressait. L'autorité qu'affichait Manuel Esperanza le titillait insupportablement ; tous deux forts caractères, ils étaient faits pour ne pas s'entendre.


HRP :
Bleu : Jacques Hutin, dit Abba.
Orange: Manuel Esperanza, dit le Taureau de la Havane.
Rouge : Sven Unborg, dit le Corbeau.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Opération Prélude
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Une idée de cadeau pour une prochaine Opération Fan ?
» Debussy - Prélude à l'après midi d'un faune
» Génération Woodstock
» Site internet de la CFBF fédération de Picardie
» Opération « Carte Musique Jeune »

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A House Divided :: Halden City :: Black Rock-
Sauter vers: